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Congo 2080 (le visage)

Publié le par Yala Shek

Congo 2080 (le visage)

 

 

C’était l’époque où le pays était resté seul.

L’armée ne sécurisait plus les frontières. Les curés ne donnaient plus la messe. Les étudiants avaient déserté les campus. Les rats rongeaient les pupitres et la craie. Il n’y avait plus rien à faire que piller, violer, s’entretuer, depuis que le président, le gouvernement et tout le reste avaient disparu. 

La presse locale, ce qu’il en restait, racontait qu’ils se cachaient dans un vaisseau spatial, planifiant de vendre le pays pour filer sur Mars. Elon Musk avait pu coloniser la planète avant de crever. 

Un enregistrement de la première dame passait à la chaîne nationale. Son discours tenait en une phrase : « Monsieur mon mari va bien, il pense à vous et travaille à combler les vides. »

La Cabale dominait le monde. Une organisation secrète et multinationale. Elle avait la mainmise sur les richesses du continent. Les uns stipulaient qu’elle avait enfermé les autorités

dans un camp de concentration. Elle agissait ainsi, paraît-il, lorsque les dirigeants d’Afrique cessaient d’être favorables à leurs intérets. Les autres estimaient qu’un virus IA les avait tué et dissous. L'œuvre de La Cabale. 

Depuis Kadhafi et Sankara, les choses n’étaient pas allées en s’arrageant. De là à éliminer à la fois le président, les membres du gouvernement, du sénat, de l’Assemblée national, des cours et tribunaux d’un Etat, par un virus ayant ciblé leur ADN… Personne n’avait jamais vu une pareille monstruosité, même pas Commandant Dieu de la cité du lac.

Ce soir-là, dans son sous-CIAT, devant son téléviseur, il attendait le discours de la première dame.

La cité du lac était un monde dans un monde, une subdivision rurale à l’ouest de la capitale, là où la partie inférieure du fleuve

formait un lac au bord d’un quartier de pêcheurs.

À vingt heures pile, la première dame apparut en nuisette décolletée. Avant le fameux « Monsieur mon mari va bien… », un pêcheur cabossé entra au comico, tirant une forme humaine dans son filet. Une créature nue qui se débattait telle une fée.

— Sors-moi de là, mince, sors-moi de là, glapissait-elle.

Le Commandant se leva. 

— L’Etat c’est moi. Venez à moi avec vos problèmes.

Ses deux collègues jouaient aux cartes. Leurs gestes gelèrent, comme une vidéo sur pause. 

Le sous-CIAT n’était éclairé que par la lumière du téléviseur. Le vieux pêcheur entama sa plainte, tous les yeux pendus à ses lèvres :

— Mes enfants, je pêchais comme d’habitude. D’un coup, le silure que je venais de capturer s’est métamorphosé en la jeune femme ici présente.

Un silence inattendu s’imposa.

Les flics restèrent figés. L’impression d’avoir mal entendu. Le sénior répéta. Mot pour mot. Les flics s’esclaffèrent comme on peut l’imaginer face à une telle bouffonnerie. La jeune femme profita de l’inattention, dénoua le nœud du filet pour se sauver. Le sergent Machary, qui avait des allures féminines (gestes de mains, postures), s’agrippa à sa cuisse, sans être intimidé par sa nudité.

— Lâche-moi, profiteur !

Il ne lâcha pas. Jadis, on aurait abusivement crié au harcèlement sexuel. Heureusement qu’on était en 2080. Il n’y avait plus de wokisme et de conscience judiciaire.

 Avec une technicité olympique, elle bloqua le cou du sergent entre ses cuisses.

— Au secours ! Au secours ! hurla le sergent.

Le lieutenant Gahamania vola à son secours.

— Je vais faire un scandale ici, tonna la jeune femme.

— Tu es déjà un scandale à toi seule, aboya le Commandant. Prenez-lui une couverture dans ma boîte aux trésors. Quant à Machary, réjouis-toi d’avoir vu la porte du paradis. 

Ce qu’il appelait sa boite aux trésors, c’était une vieille armoire contenant d’objets du temps de sa naissance. Il était né en 2028. On parlait de cette période comme un mythe, un trou noir dans le temps. 90 % de ce qui l’appartenait n’existait plus. Mais deux mois plus tôt, en se baignant dans le lac, trois gamins avaient vu émerger, mystérieusement, un sac de la surface. Il y avait des breloques de cette période : les billets de 100, 200 et 500 francs qu’on utilisait plus depuis belle lurette, des vêtements, des couverts argentés et une horloge, conservés dans une jarre scellée à la cire. À partir de 2030, la banque centrale testait des billets en polymère. La matière résistait à l’eau et la moisissure. On parlait des reliques d’une civilisation superficielle, d’une ère de vitesse, où tout était devenu consommation rapide. Cette aubaine avait provoqué l’échauffourée entre les gamins. Comme par hasard, Commandant Dieu passait par là. Il les avait séparés avant de confisquer les reliques. Voilà la première chose qu’il avait fait à sa sortie de prison. 

Avant l’interrogatoire de la présumée silure, sirène, catin des ondes et tout ce que voulait le vieux pêcheur, il remit ce moment en question en la dévisageant. Elle était la peau claire, les yeux étirés, avec une poitrine trop généreuse pour sa silhouette. On aurait cru que des maris de nuit la tripotaient. 

— Comment s’appelle mademoiselle ?

Aucune réponse. Elle fixait furieusement la table en cocobolo qui les séparait. 

— Ça te plait ? On l’a confisqué au bureau du premier ministre. Un agent de l’ordre ne pille pas, il confisque. C'est un bois précieux d’Amérique centrale. J’étais menuisier en prison, les travaux d’intérêt général, vous savez…

Arrêté à dix-huit ans, pour un crime non commis, grandir entre quatre murs l’avait familiarisé aux codes pénitenciers. Comme le pays était resté isolé, sans sans loi, sans morale, juste un air de jeu où tout était permis, les policiers ayant déguerpis, les prisonniers avaient fait tomber la prison centrale. C’est ainsi qu’il avait, trente-quatre ans après, retrouvé l’air libre et deux amis d’enfance, Gahamania et Machary, et monté le sous-CIAT à son compte.

— Je m’appelle Dolorès et j’ai envie de rentrer chez moi, pas de parler menuiserie.

— Pourtant je compte te mettre au placard, Dolorès, voilà l’ironie.

— Foutez-moi la paix, bordel de police ! 

Le lieutenant Gahamania s’ingéra :

— Hé, contrôle ton langage, sinon je te colle une patate ou je demande au Commandant de te livrer à la vindicte populaire. Maintenant que la chasse aux espions fait sensation.

Le Commandant lui fit un signe de la main, comme pour dire qu’il était encore le chef dans ce sous-CIAT, qu’il avait la situation sous contrôle.

— Elle est vraie ou fausse, l’accusation portée contre toi ?

— Fausse.

— Elle ment, prétendit le vieux pêcheur.

— Vous allez gober tout ce que ce sénile dit, sérieux ?

— On te laisse l’occasion de nous dissuader. Ne nous cache rien sur toi ! 

Le Commandant tenait à percer son mystère, dans sa vocation de tout réparer au pays, y compris les Hommes. Il aurait préféré croupir dans sa cellule que retrouver un pays à terre. Le pays, qui n’avait plus de nom, reflétait l’apocalypse. On brûlait les drapeaux, on lynchait les étrangers, les suspects, on détruisait les ambassades, on renversait les statues, on violait les gamines dont les parents votaient le mauvais parti. Le feu et la fumée à tout bout de champ. On introduisait un tisonnier enflammé dans l’intimité

des maîtresses des politiciens véreux. 

Pour stopper la frénésie de cette société aliénée, incarner l’autorité était la solution. Dieu Ishanga Lotromeka aurait pu s’y prendre autrement : créer une commission éléctorale, organiser les élections ou, carrément, s’autoproclamer président, mais « un pays commence au sous-CIAT », avait-il pensé.

À présent il écoutait Dolorès.

— Je n’ai pas de famille. Ma mère était ma seule famille. Ne pouvant plus supporter le loyer, j'ai été jetée dans la rue. Depuis lors, je vis au-dessus de maman. Mon adresse, c’est le numéro inscrit sur sa tombe. Tous ceux qui passent au cimetière pensent que je suis folle, mais il y a trois mois, un jeune homme m’a abordé, il a dit qu’il était fossoyeur, on a traîné ensemble quelques fois, il m’a dragué et m’a emmené chez lui une fois. Je ne suis pas fière d’avouer ma kleptomanie. J’ai volé sa photo passeport. Après il ne voulait plus que j’y aille. Je me doutais qu’il m’avait démasqué ou qu’il se préparait à me larguer, après avoir eu ce qu’il cherchait. Il m’avait fait ça sans consentement, sur la tombe de maman. Moi qui croyait avoir rencontré l’homme de ma destinée, il s’est volatilisé. C’est hier qu’il est revenu pour avertir qu’on me cherchait.

— Par qui ?

— Les gens qui violent et torturent les concubines des politiciens.

Elle devina la prochaine question du Commandant et la dévança.

— Oui, j’avais couché avec un député. Mon type n’était pas fossoyeur en réalité. Il m’a dit que c’était une longue histoire, que je devrais passer de l’autre côté du fleuve. Vu que le vandalisme épargnait les cimetières et les lieux de culte jusque-là, je suis restée. Aujourd’hui vers 18 heures, après la pendaison publique des mille maîtresses du dircab, j’ai aperçu des hommes qui arrivaient, ils me pointaient du doigt en disant « Et elle aussi, et elle aussi. » J’ai fui. Dans les bois, l’obscurité a commencé à pointer, mais ces gens ne perdaient pas ma trace. Bientôt ils allaient m’avoir. j’allais être cuite. En réalisant que ma robe blanche leur servait de boussole, je l’ai visé à gauche et j’ai pris la droite. Je suis allée me cacher dans une pirogue en attendant le matin. Et ce vieux alcoolique incapable d’attraper un fretin, ose débiter des sornettes sur moi. Une sirène est comme ça ?

Elle fit tomber la couverture et parada devant les hommes, tournant les talons en mannequin. 

— Rhabille-toi ! On ne peut pas gérer le pays en étant en érection. Voilà pourquoi l’Afrique n’avance pas, dit le Commandant.

Le vieux pêcheur intervint.

— On est pas convaincus par ton histroire.

Dolorès la fusilla du regard. 

— « On » là c’est toi et qui, vieux répugnant ?

Les trois flics levèrent la main. 

— Je suis sorti de taule il y a deux mois et demi, les autorités étaient déjà introuvables depuis quatre mois. Ton député t’a abordé il y a trois mois et vous étiez ensemble hier. Où est la cohérence ?

Silence absolu.

Dolorès se gratta la tête. Ses ongles raclèrent une surface lisse. Ses doigts insistèrent dessus et sortirent une photo passeport de ses cheveux. 

— Je… je l’ai caché hier en le voyant arriver. Le député.

Le Commandant la lui arracha. Il se leva au ralenti, hypnotisé par le visage sur la carte. Ses hommes se réunirent à ses côtés et n’en crurent pas leurs yeux. Ils posèrent la main sur la bouche.

— Comment elle n’est pas au courant ? souffla Machary.

— Demoiselle, lève-toi, vite, emmene-nous chez ton type !

— Mais qu’est-ce qui se passe ? interrogea le vieux pêcheur.

— Au revoir, papy, la police n’est pas ton pote après trois bières pour tout dévoiler. Cette affaire touche à la sûreté nationale, allez ouste !

La photographie traditionnelle était rentrée à la mode. Il n’y avait plus d’internet. Le gouvernement l’avait coupé depuis trente ans. Trop de sextapes de ministres faisaient suite à cette décision. Le visage sur la photo, donc, était dans le collimateur du sous-CIAT. Il défrayait la chronique depuis un mois. À cause de ce buzz, le Commandant venait à en perdre sommeil. Des clichés du visage circulaient de main en main. On le voyait dans moults endroits, aux côtés de plusieurs figures emblématiques, sous distinctes casquettes. À la Chambre des députés, entre le président de l’Assemblée provinciale et un autre député connu des médias. Au parvis du Palais National, veste sur mesure, devant des policiers lui coupant des salut. Au bureau ovale, en discussion avec le président. À la tribune de l’Université de la capitale, donnant conférence en éminent professeur. Sur le plateau d’une chaîne de la place, en télé-évangeliste. À la prison centrale, en tenue de prisonnier bien sûr, mais jamais sans ses lunettes intellectuelles. Dans un dojo de karaté, le kimono ceint d’une ceinture noire. Avec des musiciens, le pouce levé et toujours souriant. Il avait un sourire des dignitaires. Personne ne savait ni qui il était ni ne connaissait son nom.

— Même toi qui a fait n’golo n’golo avec lui ?

— Mtsuim ! Il m’avait envoûté, confia Dolorès.

En tombant sur les images, le maître de dojo, très confus, avait affirmé ne l’avoir jamais vu. Pareil pour les ex étudiants, le PDG de la chaîne de la place, les évadés de la prison et tout le bataclan. Les photographes étaient divisés en deux. Ceux qui témoignaient ne l’avoir jamais vu pendant la prise, mais plutôt lors du tirage, et ceux qui disaient le contraire. Tout en lui semblait factice, selon ces derniers. Toujours est-il qu’il était partout et nulle part à la fois. Il était tout et tout faux. Faux député, faux sénateur, faux conférencier, faux télé-évangéliste, faux sensei, faux prisonnier, faux producteur, faux livreur de pizza, faux et archifaux. Qui était ce jeune homme immiscé dans tous les secteurs du pays ?

— Qui qu’il soit, sa fin est arrivée, fit le Commandant en arrivant sur son avenue. Dolorès indiqua un portail noir. On lui suggéra de rester à l’écart. Les armes étaient déjà chargées. Une seule était vraie. Celle que le Commandant avait trouvée, lors de l'évasion, au vestiaire pénitencier. Le lieutenant et le sergent, à ses côtés, arboraient des calibres en branches de papayer. Comme ceux que se fabriquaient les enfants. L’homme aux commandes tambourina sur le portail. Un œil apparut sur le judas et le toisa bizzarement.

— Police de la cité du lac, ouvrez s’il vous plait ! 

— Vous êtes perdus ? 

— Ah, non.

— La police n’existe plus !

— Si, elle est de retour, contrôle de routine.

— Vous avez un mandat ?

— Non, mais on a mieux : une kalachnikov.

Le portail s’ouvrit sur un soixantenaire élancé, aux cheveux afro comme aux années de l'indépendance. 

— Nous cherchons un jeune homme qui habite ici.

— Vous voulez dire Juvency ? 

Il leur désigna sa porte. L’individu avait des gestes nochalants et semblait blasé.

— Merci bien. La nation vous saura gré si vous décrivez aussi sa personnalité.

— Mes locateurs ne m’intéressent pas.

Dolorès fit irruption. 

— Elle est avec vous ? 

— Oui. Dis donc, comment tu le perçois, le Juvency ?

Le bailleur pencha d’un pied et poussa un soupir de dégout. 

— Louche. 

— Pourquoi ?

–Il dort rarement chez lui, il fait sa lessive et sa cuisine seul, il n’a jamais ramené une fille, contrairement aux jeunes de son âge.

Les regards des flics se dirigèrent vers Dolorès.

— Une fois, monsieur, j’étais venue et vous dormiez sur la véranda. Il m’a d'ailleurs dit que vous étiez son père.

Les regards retournèrent vers le bailleur.

— C'est quoi cette histoire ? Attendez que je le réveille.

Il était 21 heures tapantes.

Un jeune homme albinos raté sortit.

— Mais ce n’est pas lui ! s’écria Dolorès.

Le Commandant lui asséna une gifle.

— Depuis combien de temps tu te fous de nous ? 

— Non, Commandant, je vous jure que j’ai été avec ce gars là ici, on a regardé la télé dans cette maison, tonton, il n'y aurait pas un tapis berbère et des chaises en cuir à l'intérieur ? 

— Mais où as-tu eu ces détails sur ma maison ? s’étonna Juvency.

Elle expliqua tout depuis le debut. 

— Donc, le faux député qu’on voit partout a les clés de mon domicile, il t’a ramenée ici et t’a présenté mon bailleur comme son père. Attend, ça remonte à quand ? 

— À trois mois passés !

— Quelle est la dernière chaîne que vous aviez regardée ?

— Novelove, je crois. 

— Oh, il y a trois mois, j’ai ouvert la télé en rentrant, c’était la première chaîne affichée, pourtant je ne la regarde jamais, je me suis dit que mon bailleur, comme il a le double des clés…

Novelove ? Moi ?

Le locateur et le bailleur pouffèrent de rire.

— Vous êtes suspects et ça vous fait marrer, hein ? Je vais fouiller la maison, dit le Commandant en les bousculant. 

— Touchez pas à mon poulet rôti comme l’a fait l’Honorable député.

Ce qui provoqua encore plus d’éclats de rire. Gahamania et Machary ne purent se retenir, au grand dam de leur chef qui, blessé par les moqueries, transforma sa douleur en motivation.

— Et ne vous avisez pas à me rejoindre, mauvaise troupe, je vais le débusquer tout seul, bande d'huîtres.

Les rires ne s'arrêtaient plus. 

Il ressortit tout trempé. Le bailleur supplia les flics de ne pas partir. Il avait un truc important pour eux. Il se précipita dans sa maison et revint, essoufflé, en leur présentant une photo à tour de rôle. Le Commandant a fait, en découvrant le visage en tenue policière, aux côtés de lui et sa flicaille, devant le sous-CIAT : 

— Non, non, pas moi, il ne peut pas me la faire à moi, non, impossible. 

Et la chorale des rires reprit. Pour la faire taire, il dégueuna l’arme et tira deux coups en l’air. Les détonations produisirent l’effet contraire. Tout le monde continua de se payer sa tête. Juvency surtout. Le Commandant le descendit. Le sang gicla de sa gorge. Les autres se plièrent en deux en riant de cela. La voix du bailleur sonnaient comme provenant d’un tonneau. Il n’aimait pas ça et le descendit aussi. 

— Kiè, kiè, kiè, kiè ! 

Les rires redoublèrent, identiques à ceux qu’il subit de la part d’autres détenus, au premier jour de la prison, lorsqu’il clamait son innocence au géolier. Machary et Dolorès se tenaient les dos. Il se dit que l’un était une femmelette, l’autre une hystérique, l’un rigolait comme une hyène, l’autre comme une folle se faisant gratter là où il le pensait. Il abattut Machary. Neuf balles dans le crâne. Dolorès s’éclata à se fendre la mâchoire. Il se détesta et décida de mettre fin à ses jours. Il retourna l'arme contre lui et hop... Une pénurie de balle.

— Il a raté sa vie et sa mort. Quel personnage haut en couleurs, le vanna Gahamania, ivre de rire et chancelant. 

Le rire de celui-ci était sardonique. Le Commandant rechargea l’arme et visa ses genoux. Pour lui infliger la souffrance avant tout. Alors que son lieutenant se roulait par terre, il eut l’impression qu’il pleuriait. Mélange de pleur et de rire. Il visa son cœur pour l’achever. Après il se retourna vers Dolorès. Sa beauté le dérouta. Et son rire macabre lui donna envie d’elle. Alors il tira sur son sexe. Elle débuta ses acrobaties. Il dut, pendant deux heures du temps, tirer dans le tas avant de la toucher. Épuisé, il enfonça le bout du canon dans sa bouche pour venir à bout de sa vie. Aucune balle n’y restait. S’agenouillant au milieu des cadavres, il rit de lui-même en bougeant frénétiquement les épaules, en réalisant qu’ils finissaient tous courbés, ceux qui daignaient redresser le pays. Il poursuivit son rire. Il ricanna encore et longuement, plus fort dans la nuit. 

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